humanitaire
  
La fin est dans les moyens comme l'arbre est dans la semence.
                  Mohandas Karamchand GANDHI


En février et mars 2001, en Thaîlande, et de décembre 2001 à mars 2002 au Cambodge et au Laos, j'ai pu suivre les équipes de Handicap International et photographier les actions dans lesquelles elles étaient engagées.
 
D'abord dans les camps de "déplacés" karen, à Nu Po, Mae La et Umphien, le long de la frontière avec la Birmanie. Puis dans les villages installés du côté de la frontière avec le Cambodge où sont développés des projets de réhabilitation, de prévention et d'éducation.
 
Tous les textes ci-après sont issus des documents diffusés par Handicap International et toutes les photographies (galerie) sont obtenues à partir de diapositives scannées .
 
Handicap International est une ONG créée en 1982 à Lyon par deux médecins français, Jean-Baptiste Richardier et Claude Simonnot et un technicien, Yves Gaumeton, tout d'abord pour venir en aide aux personnes réfugiées dans des camps au Cambodge et en Thaïlande. Son champ d'action s'étend maintenant à toute la planète. Initialement implantée en France, elle a par la suite ouvert des sections dans sept autres pays: en Belgique, en Suisse, au Luxembourg, au Royaume Uni, en Allemagne, au Canada et aux Etats Unis constituées en Fédération depuis 2009.
 
Depuis 1996, H.I a développé un nouveau domaine d’intervention : les projets liés aux mines et aux bombes (notamment les bombes à sous-munitions – BASM). Ces projets visent avant tout à diminuer l’impact de la présence des mines antipersonnel sur les populations vivant au milieu de zones minées. Une grande palette d’activités est organisée dans ce cadre:
 
- programme d’éducation à la prévention des accidents par mines
- déminage et dé-bombage
- collecte d’information sur les accidents
- enquête sur l’impact socio-économique de la présence des mines
- études sur différents sujets suite à l’évolution de ce secteur
- BASM : Bombes à sous-munitions
- mines antipersonnel
- pièges explosifs

Le 30 mai 2008, à Dublin, 111 États ont adopté le texte d’un traité international d'interdiction des BASM. Handicap International se félicite de ce texte qui bannira toutes les BASM ayant des conséquences humanitaires inacceptables, et renforcera considérablement l’assistance aux victimes. Certaines clauses du traité sont néanmoins des sources de déception et de vigilance. La mobilisation de la société civile doit se poursuivre afin que le traité soit ratifié dans les meilleurs délais, et que les failles qu’il présente ne permettent pas de dévoyer son esprit.


EN THAILANDE
 
L’objectif de Handicap International en Thaïlande est d’améliorer l'accès aux services de réadaptation fonctionnelle (ou réhabilitation) et de favoriser l'autonomisation des personnes handicapées vivant dans les camps de réfugiés (ou plutôt de déplacés) et les villages d'accueil voisins. Son action vise aussi à prévenir les accidents causés par les mines. Les projets se concentrent le long de la frontière birmano-thaïlandaise.

Depuis 1984, le pays accueille des populations qui fuient les violences politiques en Birmanie, et plus récemment des migrants économiques. Même si la situation a évolué en Birmanie depuis un an et demi, notamment grâce à des changements politiques, le nombre de réfugiés vivant dans les camps, estimé à 130 000 personnes, n'a pas diminué. Dans les neuf camps installés le long de la frontière birmano-thaïlandaise, les conditions de vie sont très précaires, particulièrement pour les personnes handicapées. Les réfugiés doivent donc compter largement sur l'aide humanitaire fournie par les ONG internationales et les organisations locales.


AU LAOS
 
Plus de 50 ans après les premiers bombardements américains, le Laos reste le pays le plus pollué par les sous-munitions. Les conséquences sont dramatiques : 50 000 victimes sont à déplorer depuis 1964.
 
Handicap International agit au Laos pour réduire la menace des sous-munitions et des restes explosifs de guerre. Ses équipes de démineurs s'impliquent aux côtés des villageois laotiens affectés par la présence de ces armes. Elles dépolluent les sols, détruisent ces engins et sensibilisent les populations au danger.
 
Parallèlement, l’association conduit des projets de développement afin de réduire les risques de handicap et d’améliorer l'insertion sociale des personnes handicapées. L’accent est mis sur la prévention du handicap chez les enfants de moins de 5 ans. Des spécialistes forment des infirmiers à la santé maternelle, néonatale et infantile et intègrent ces disciplines au sein du système de santé.
 
La République Démocratique Populaire du Laos est le pays le plus fortement pollué par les restes explosifs de guerre. Quelque 80 millions d'engins non explosés, principalement des sous-munitions larguées il y a 50 ans par les États-Unis pendant la guerre du Vietnam, contaminent 15 des 17 provinces du Laos. Elles sèment encore la terreur parmi la population. Elles tuent et mutilent sans discrimination. Depuis 1964, plus de 50 000 personnes ont été tuées ou blessées par un accident dû à un reste explosif de guerre, dont près de la moitié en temps de paix. Au cours de la dernière décennie, environ 300 nouvelles victimes étaient encore à déplorer chaque année. Les enfants sont les premières victimes de ces armes.
 
Le Laos est l’un des pays les plus pauvres du monde. Il est confronté à des défis majeurs, notamment celui de réduire un taux de malnutrition très élevé. L'accès aux services de santé est très limité dans les zones rurales, où le personnel soignant manque cruellement de compétences et de formations.


AU CAMBODGE

Depuis 1979, près de 65 000 victimes de mines et restes explosifs de guerre ont été officiellement recensées, mais le chiffre réel reste inconnu. Parmi les survivants, beaucoup sont handicapés. Amputés d’une jambe, voire des deux, parfois aveugles, on les croise souvent dans les rues et les villages. Leur meilleure chance de réinsertion : se procurer une prothèse. En réponse à leur détresse, Handicap International crée successivement dès 1987 sept centres de réadaptation. Aujourd’hui, l’association continue de gérer celui de Kompong Cham. Plus de 2 000 personnes handicapées y reçoivent une aide adaptée chaque année. En 2013, la moitié des patients étaient des enfants et des jeunes de moins de 18 ans.
 
En 1992, une recrudescence des accidents par mines, liée au retour chez eux de 375 000 réfugiés cambodgiens, alarme l’association. Révoltée par l’absence de réponse, elle s’engage dans le déminage du pays, la sensibilisation des villageois aux dangers de ces armes et forme des démineurs cambodgiens. De 1993 à 2011, Handicap International et le CMAC (Cambodian Mine Action Centrer) déminent ainsi 330 km² de terres, soit les deux tiers de la surface totale dépolluée dans le pays. Ces actions se poursuivent actuellement dans les provinces de Kampong Cham, Kratie et Svay Rieng.
 
Pacifié depuis 1997, le Cambodge reste marqué par les séquelles de près de 40 ans de guerre et demeure largement tributaire de l'aide internationale. Le pays est cependant en pleine mutation.
 
Il connaît depuis 1998 une réelle stabilité politique et bénéficie de manière marginale du miracle économique régional. Une véritable – bien que fragile – dynamique de développement permet d’améliorer les conditions de vie d'un nombre croissant d’habitants. L’accès à l'électricité est désormais possible de façon quasi permanente en ville et, de plus en plus, dans les campagnes. Les chantiers privés et publics se multiplient. Dans leur grande majorité, les enfants vont à l'école.
Mais la pauvreté et les inégalités demeurent. La corruption et l'impunité des plus riches subsistent et les problèmes à régler restent nombreux. L'économie, encore fragile, génère peu de recettes publiques ce qui explique la constante faiblesse des systèmes sanitaire et éducatif.
 
Le problème des mines antipersonnel, posées massivement pendant près de 15 ans, entrave le développement du pays, 80% de la population vivant en zone rurale. Leur nombre est évalué à plusieurs millions. Toujours considéré comme l’un des les plus minés du monde, le Cambodge est aussi l’un des plus affectés par un autre fléau : les sous-munitions. Durant la guerre du Vietnam, les États-Unis ont lâché au moins 26 millions de ces armes sur le territoire. Ces bombardements ont laissé jusqu’à 5,8 millions d’engins non explosés sur le sol.
 
En 2010, le Cambodge estimait qu’au moins 715 km² de son territoire étaient encore minés, alors que 17 années de travail acharné ont été nécessaires pour dépolluer 500 km². Il faudra encore plusieurs années pour finir le travail.
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